La pub est un élément incontournable et indispensable du système économique que nous subissons. De la même façon que les régimes totalitaires ont toujours recours à de puissants services de propagande, de la même façon que les guerres doivent être justifiées par de grossières manipulations de l'opinion par des médias complices (le traitement de la préparation de la guerre en Irak aux USA en est le dernier exemple le plus caricatural), de la même façon, la pub est chargée de dresser le citoyen virtuel en un consommateur abêti dont la seule raison d'être se limiterait au renouvellement constant de sa panoplie illimitée d'objets manufacturés indexée sur un catalogue infini de produits nouveaux et supposés indispensables.
La production de masse, facilitée par les méthodes modernes et les spectaculaires avancées technologiques, est tributaire de ses ventes de masse si elle veut préserver ses chances de perdurer. L'économie a besoin de créer la demande. Il lui faut sans cesse développer de nouveaux marchés et écouler coûte que coûte ses nouveaux produits. Il n'y pas de fin à ce cycle infernal. Seule la finitude du monde pourra lui imposer une fin. Définitive.
Dans cette spirale infernale l'économie n'a surtout pas besoin de peuples éduqués, bien informés et à l'esprit critique. (Ce qui peut-être le cas d'un diplômé de HEC) L'économie a surtout besoin de tubes digestifs motorisés dotés d'une oreille (2 ne sont pas strictement nécessaires) pour y coller le dernier modèle du téléphone portable avec option vibro-masseur amincissant. Le système économique schizophrène qui est en train de nous amener peu à peu à la ruine collective aimerait que les adultes, ou supposés tels, puissent avoir le comportement archétype d'un enfant occidental d'environ 8 ans. Et encore. Des innocents au sourire béat qui ouvrent de grands yeux étonnés un peu comme les Indiens épatés (et appâtés) par les verroteries que leur faisaient miroiter les colons pour mieux les escroquer. Les enfants. Voilà la cible idéale des propagandafelzug qui contaminent quotidiennement notre existence. Les enfants sont les premières victimes des terroristes publicitaires. Cernés, ciblés dés le berceau, dés la maternité, par des marques et des logos qui les poursuivront tout au long de leur existence, ils sont abreuvés de messages omnipotents qui balisent leurs parcours quotidiens, de la télé à la boîte à lettres, du bus au supermarché, et bientôt à l'école. Les gosses, en général, aiment la pub. Ils l'aiment parce que la pub est intrinsèquement puérile, infantilisante. Rassurante aussi. Mais les enfants ont une excuse de taille ; c'est qu'ils sont des enfants justement. Les gosses sont des victimes faciles de premier ordre pour les rapaces de la Kommunication L'idéal de la pub consisterait à faire en sorte que les adultes préservent cette touchante innocence enfantine face au racolage du marketing, qu'ils conservent cette étonnante capacité à s'extasier d'un rien pour peu que cela brille, fasse bip-bip, et soit paré d'une illusion de nouveauté et de distinction. Qu'ils acquièrent une fois pour toutes ce délicieux et extatique réflexe pavlovien qui leur ferait dire invariablement : « je veux ça ! »
L'idéal de la pub, et du système économique qui l'a enfantée, consisterait en une population d'enfants gâtés et capricieux perpétuellement obsédés par l'achat de nouveaux produits jugés vitaux pour leur survie et toujours prompts à renouveler le plus souvent possible ceux qu'elle possède déjà pour les remplacer avec un enthousiasme jamais défaillant par les derniers modèles dotés des derniers gadgets in-dis-pen-sa-bles. Le rêve absolu. Encore un effort, on y est presque…Il n'y a pas à ergoter sur « trop de pub » ou sur de « bonnes » ou « mauvaises » pubs. Une pub est nécessairement une pub de merde. Comme le disait Hara-Kiri à une époque lointaine la pub est faite par des cons pour des cons. Grossier mais lucide…Le système d'hyper-consommation dont la pub est le bras armé est fondamentalement mortifère. La pub envahit notre intimité, pollue notre environnement, crée des frustrations incessantes, génère des névroses, entretient l'esclavagisme du désir continuellement inassouvi et transforme les gens en tyranneaux petit-bourgeois capricieux et égocentriques, inaptes et rétifs au changement de l'ordre des choses. Des complices objectifs du système qui les a enfantés.
Et qu'on ne vienne surtout pas me chanter que la pub est une nouvelle forme d'expression artistique. J'ai eu parfois l'occasion de polémiquer à ce sujet avec des « créatifs » de la pub. A l'époque je n'avais pas osé les étrangler. Un vieux fond de philosophie humaniste m'en avait probablement dissuadé.
Ne faites pas la même erreur si l'occasion se présente. Si un golden boy de ce milieu de péripatéticiens chromés ose se prétendre « artiste », rendez lui service, rendez vous service, rendez nous service : étranglez le.
ZLOTZKY, garanti sans pub.