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Vendredi 14 avril 2006

Epatant le coup du patriotisme économique ! Voila que pour mieux faire avaler la pilule amère de la mondialisation aux populations en voie larvée de tiers-mondisation, on nous ressort le mythe de la patrie en danger revu en version économique postmoderne. Il s’agit de réveiller les instincts nationalistes et chauvins du bon peuple pour mieux le détourner de la complicité soumise des politiciens avec les Maîtres du Monde, ceux de la finance et de l’actionnariat cumulatif. Pas bien grave si ce chauvinisme fonctionne à sens unique et si, pour prendre le dernier exemple emblématique, l’alliance de GDF avec Suez était déjà concoctée depuis un bail, bien avant les velléités opéaesques du rival italien honni.

 

 

L’occasion était politiquement trop belle – et trop rare- pour la laisser échapper. Belle opportunité, pour un gouvernement aux abois, de lancer un jet de poudre aux yeux courroucés d’une opinion décontenancée à l’humeur vagabonde.

 

 

Oyez, braves gens ! Voyez comme nous sommes vigilants et veillons de prés à maintenir notre courageuse et opiniâtre économie nationale, berceau de vos emplois et de la pérennité de votre bien-être (social), voyez avec quelle détermination votre gouvernement dévoué a réagi aux tentatives perfides de douteux capitaux étrangers de s’accaparer notre richesse collective, fruit de notre labeur commun. Allons-nous donc laisser ainsi un sang impur abreuver les sillons de nos vaillantes compagnies nationales ? Jamais !

 

 

On respire.

 

 

Mais qui pourrait encore accorder le moindre crédit à ce genre de déclaration martiale ? Les politiciens ne contrôlent quasiment plus rien mais le pire c’est qu’ils ont tout fait pour en arriver là. Ils sont issus du même sérail que les maîtres de l’économie et sont à leurs ordres de la façon la plus soumise qui soit. Ils viennent des mêmes familles, des mêmes clans, de la même classe, se fréquentent assidûment et se tapent sur l’épaule quand ils décident en commun de lancer une nouvelle mesure qui favorisera encore d’avantage l’accumulation capitalistique. La seule différence c’est que les politiciens ont des comptes à rendre et qu’ils doivent encore composer avec les élections pour se maintenir en place. Non pas que leurs rivaux risquent d’inverser l’ordre des choses (cela se saurait) mais simplement leurs rivaux peuvent leur piquer la place et ça, c’est insupportable. Alors comme il faut bien passer le seuil de ces foutues élections pour maintenir un semblant de démocratie de façade, le mieux est d’arriver à faire croire au bon peuple que les choix qui sont faits sont les meilleurs, ou mieux encore, qu’il n’y a pas d’autre choix. Et si quelque illuminé prétendait le contraire, surtout ne pas voter pour lui, cela reviendrait à se jeter dans un gouffre pour une chute vers l’Enfer qui est, comme chacun sait, pavé de bonnes intentions. Donc statu quo.

 

 

Et pour perpétuer ce statu quo rien de tel que de contrôler les médias pour être sûr qu’ils diffuseront la Bonne Parole, celle qui nous ressassera que nous n’avons pas le choix, qu’il faut accepter la situation, qu’il faut se battre et prendre des risques si on veut pas se faire bouffer.

 

 

De ce point de vue en tout cas nous voici tout à fait rassurés, les médias sont entre de bonnes mains, des mains bien de chez nous, de bonnes mains françaises : des marchands de canons (Lagardère, Dassault) ou de grands industriels philanthropes (Bouygues).

 

 

Nous pouvons dormir tranquilles…

Zlotzky 12/04/06

par Zlotzky publié dans : Actualité
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Vendredi 14 avril 2006

Amendement Vivendi ou « du bon usage du lobbying »

 

 

 

 

 

 

C’était à prévoir. Ils l’ont fait. Le nouveau machin flicard s’appelle DADVSI ("droits d'auteurs et droits voisins dans la société de l'information" (ou DRM – digital rights management - pour les mondains qui ne causent pas gaulois), mais le mieux est encore de retenir l’appellation non contrôlée d’ « amendement Vivendi » qui est bien plus évocatrice du contenu réel et des arrière-pensées de ce projet de loi voté à l’assemblée par une majorité UMP qui décidément se surpasse pour se rendre populaire. Et peu importe, d’ailleurs, la signification de ces sigles rebutants, la seule chose qu’il faut en retenir c’est qu’ils pénalisent désormais quasiment toute forme de copie privée mais aussi – ce qui est plus grave – le développement des logiciels libres. A titre d’exemple l'édition de logiciels "destinés à l'échange et au téléchargement illégal d'œuvres protégées" sera passible de 3 ans de prison et de 300.000 euros d'amende. Excusez du peu.

 

 

Surpris et dépassé par le développement imprévisible d’une technologie dont il ne s’attendait pas à ce qu’elle puisse être ainsi appropriée par le tout-venant sans le moindre calcul commercial, l’ordre médiatique du Pouvoir et de l’Argent vient d’imposer, via ses larbins du gouvernement, une loi destinée à reprendre les choses en main. En l’occurrence la main d’un marché pas si invisible qu’il le prétend…

 

 

Comment ? Qui sont ces illuminés qui osent pratiquer l’échange sans rétribution ? ces arriérés qui réinventent le troc en version virtualisée, sans prébendes ou échanges d’espèces ? Ces inconscients qui osent développer des logiciels « open source » que chacun pourra contribuer à enrichir et diffuser massivement, et ce, GRATUITEMENT ? Probablement des fous, ou pire encore, des terroristes. Car seuls des fous ou des terroristes peuvent ainsi se livrer à de telles provocations. Provocations ? Le mot est faible, osons dire attentats. Attentats contre le pilier fondamental qui soutient toute cette société : celui de l’Ordre Marchand. Car s’il est une notion – il faudrait parler plutôt de valeur – qui porte fondamentalement en elle la subversion, c’est bien la gratuité.

 

 

Parole d’Ubu, tout est Marché et rien ne doit échapper au Marché. Chacun sait, en effet, qu’il serait profondément immoral de spolier les grandes firmes du marché de la musique dont les vertus éthiques et l’altruisme ne font aucun doute.

 

 

Et les artistes ? Il était pour le moins émouvant d’assister à ce concert unanime (ou quasi) des représentants les plus emblématiques des « artistes » bien de chez nous. Ces pauvres milliardaires ont les neurones tellement atomisés par leurs droits Sacem qu’ils n’ont toujours pas été foutus de comprendre que l’essentiel du gâteau revenait aux maisons de disques alors que les différents créateurs se partagent à peu prés 14% du prix d’un CD, comme l’ont démontré plusieurs analyses (voir les articles de Robert Di Cosmo). Pauvres artistes français qui n’ont toujours pas compris qu’un système de licence globale leur permettrait même de gagner plus qu’aujourd’hui en éliminant les intermédiaires parasites… Accrochés à leur pactole comme de vieilles rentières du second Empire, leur réaction de notaires provinciaux à l’esprit étriqué et mesquin est à peu prés à l’image de la production musicale qu’ils commettent depuis trop d’années sur radios et télés qu’ils squattent comme des tiques depuis parfois des décennies. Concédons qu’il soit probable que certains d’entre eux aient pu être abusés par les pressions de leurs maisons de disques qui auront ainsi réussi à les transformer en avocats bénévoles de leur cause mercantile. Très fort !

 

 

Au SMIC les artistes ! Et que chacun fasse sa petite musique et la communique, on fera le tri…

Zlotzky 10/04/06

par Zlotzky publié dans : Actualité
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