Epatant le coup du patriotisme économique ! Voila que pour mieux faire avaler la pilule amère de la mondialisation aux populations en voie larvée de tiers-mondisation, on nous ressort le mythe de la patrie en danger revu en version économique postmoderne. Il s’agit de réveiller les instincts nationalistes et chauvins du bon peuple pour mieux le détourner de la complicité soumise des politiciens avec les Maîtres du Monde, ceux de la finance et de l’actionnariat cumulatif. Pas bien grave si ce chauvinisme fonctionne à sens unique et si, pour prendre le dernier exemple emblématique, l’alliance de GDF avec Suez était déjà concoctée depuis un bail, bien avant les velléités opéaesques du rival italien honni.
L’occasion était politiquement trop belle – et trop rare- pour la laisser échapper. Belle opportunité, pour un gouvernement aux abois, de lancer un jet de poudre aux yeux courroucés d’une opinion décontenancée à l’humeur vagabonde.
Oyez, braves gens ! Voyez comme nous sommes vigilants et veillons de prés à maintenir notre courageuse et opiniâtre économie nationale, berceau de vos emplois et de la pérennité de votre bien-être (social), voyez avec quelle détermination votre gouvernement dévoué a réagi aux tentatives perfides de douteux capitaux étrangers de s’accaparer notre richesse collective, fruit de notre labeur commun. Allons-nous donc laisser ainsi un sang impur abreuver les sillons de nos vaillantes compagnies nationales ? Jamais !
On respire.
Mais qui pourrait encore accorder le moindre crédit à ce genre de déclaration martiale ? Les politiciens ne contrôlent quasiment plus rien mais le pire c’est qu’ils ont tout fait pour en arriver là. Ils sont issus du même sérail que les maîtres de l’économie et sont à leurs ordres de la façon la plus soumise qui soit. Ils viennent des mêmes familles, des mêmes clans, de la même classe, se fréquentent assidûment et se tapent sur l’épaule quand ils décident en commun de lancer une nouvelle mesure qui favorisera encore d’avantage l’accumulation capitalistique. La seule différence c’est que les politiciens ont des comptes à rendre et qu’ils doivent encore composer avec les élections pour se maintenir en place. Non pas que leurs rivaux risquent d’inverser l’ordre des choses (cela se saurait) mais simplement leurs rivaux peuvent leur piquer la place et ça, c’est insupportable. Alors comme il faut bien passer le seuil de ces foutues élections pour maintenir un semblant de démocratie de façade, le mieux est d’arriver à faire croire au bon peuple que les choix qui sont faits sont les meilleurs, ou mieux encore, qu’il n’y a pas d’autre choix. Et si quelque illuminé prétendait le contraire, surtout ne pas voter pour lui, cela reviendrait à se jeter dans un gouffre pour une chute vers l’Enfer qui est, comme chacun sait, pavé de bonnes intentions. Donc statu quo.
Et pour perpétuer ce statu quo rien de tel que de contrôler les médias pour être sûr qu’ils diffuseront la Bonne Parole, celle qui nous ressassera que nous n’avons pas le choix, qu’il faut accepter la situation, qu’il faut se battre et prendre des risques si on veut pas se faire bouffer.
De ce point de vue en tout cas nous voici tout à fait rassurés, les médias sont entre de bonnes mains, des mains bien de chez nous, de bonnes mains françaises : des marchands de canons (Lagardère, Dassault) ou de grands industriels philanthropes (Bouygues).
Nous pouvons dormir tranquilles…
Zlotzky 12/04/06
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