La seule manière de supporter revers après revers est d'aimer l'idée même de revers. Si on y parvient, plus de surprises : on est supérieur à tout ce qui arrive, on est une victime invincible.
CIORAN
De l'inconvénient d'être né
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Impayable, le commentaire entendu sur France Inter la semaine dernière (je crois que c’était le 07/11/06) à propos de l’élection de Daniel Ortega au Nicaragua ! Bien que ce dernier ait quelque peu viré sa cuti et semble atteint d’une sorte de sénilité intellectuelle qui le pousse à invoquer le pape comme référence de pensée, le commentateur - dont j’ai oublié le nom - présentait donc Ortega comme « le cauchemar de Washington » mais surtout comme « l’allié de l’URSS et de Cuba » et encore comme celui « qui a rendu la conscription obligatoire ».
On admirera le sens du raccourci de France Inter et cette façon pour le moins tendancieuse de présenter en quelques formules lapidaires celui qui symbolisait la révolution Sandiniste et la résistance aux USA et leurs marionnettes de la « contra ».
Ortega y est promptement habillé pour l’hiver et exécuté au nom du principe de précaution idéologique au cas ou quelques pauvres d’esprit s’aviseraient d’accorder ne serait-ce qu’un semblant de crédit ou un commencement de sympathie pour le personnage. Pour la bonne cause France Inter n’hésite pas à exhumer la dépouille de feu l’URSS, cadavre décomposé depuis maintenant une quinzaine d’années, et bien sûr à agiter l’épouvantail castriste, incarnation du repoussoir absolu.
Inutile de préciser aux auditeurs que si les Sandinistes se sont tournés vers l’URSS et Cuba c’était tout simplement parce qu’ils étaient les seuls à pouvoir les aider et qu’un petit pays exsangue comme le Nicaragua de l’époque ne pouvait s’offrir le luxe de refuser cette aide. L’Europe s’était quant à elle – avec sa légendaire lâcheté en matière de politique étrangère - bien gardée de contrarier le grand frère américain.
Quant à la conscription obligatoire, les auditeurs de France Inter ne sauront pas qu’Ortega y a été acculé pour avoir une chance de résister à la « Contra », massivement soutenue par les USA et financée par l’Irangate, en s’engageant dans une guerre épuisante qui fera 30000 morts et laissera le pays KO.
Mais c’eut été trop demander à la « radio de service public » de nuancer un tant soit peu sa présentation tellement partisane mais si peu surprenante.
Zlotzky, correcteur de chroniques après diffusion.