La seule manière de supporter revers après revers est d'aimer l'idée même de revers. Si on y parvient, plus de surprises : on est supérieur à tout ce qui arrive, on est une victime invincible.
CIORAN
De l'inconvénient d'être né
| Juillet 2008 | ||||||||||
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Si l’on s’en tient aux résultats du 1er tour des présidentielles la totalité des voix de gauche, au sens large mais revendiqué comme tel, atteindrait 36% des voix. 36%… Et encore faut-il bien être conscient que ces 36% regroupent une grande diversité de composantes sociologiques ainsi que des interprétations très hétérogènes sur la conception de ce qu’est ou devrait être « la gauche ». Mais ce n’est vraiment pas le moment de faire la fine gueule, d’aller chercher des poux dans les bacchantes de Trotski ou des stock options cachés dans les portefeuilles des sociaux-démocrates. 36%… Rien de plus et on n’oublie personne. On a même inclut tous les écolos avec. Allez, pas de détails, on peut plus se permettre.
Certains argueront qu’on pourrait peut-être ajouter une partie des 18% de Bayrou, ne serait-ce que 5% peut-être… Ah bon ? 5% d’électeurs qui ont voté Bayrou parce qu’ils trouvaient Royal trop à gauche ? Faut peut-être s’arrêter là. On veut bien essayer de racler les fonds de tiroirs pour ne pas avoir l’air trop ridicules mais quand même. Y a des limites. Donc 36%. Restons en là, l’éventail est déjà très large.
Ca veut dire que les 64% restants sont de droite ou d’extrême droite. Ca laisse songeur. Et ce avec un taux de participation historique, donc très représentatif.
Personnellement voilà déjà bien longtemps que j’ai compris que j’appartenais à une minorité de pensée et qu’il me faudrait toujours accepter une pesante impression de solitude. J’en ai fait mon deuil. C’est acquis. Je fais avec. Il n’y a pas 50 solutions. Soit je me flingue (mais je n’ai pas d’arme chez moi), soit j’entre dans la clandestinité au sein d’une organisation terroriste (genre on tuera tous les affreux) pour répandre le mal gratuitement et me venger d’au moins les 2/3 de la population, soit je ne fais rien du tout et je continue ma banale petite existence en m’efforçant simplement de maintenir un minimum de distance philosophique vis à vis de mes bien-aimés congénères et chers compatriotes.
J’en reste aujourd’hui à cette dernière option (on ne saurait parler de solution), la plus confortable mais aussi la plus humaine.
Je nourris tout de même l’espoir qu’avec le nain névropathe à l’Elysée cela devrait nous promettre de belles luttes sociales en perspective car les acteurs sociaux les plus dynamiques sont parmi les 36% et on peut peut-être compter sur eux pour contribuer à accélérer les infarctus des militaires en retraite de la Côte d’Azur.
Mais d’une façon plus générale j’en suis arrivé à me dire que rien ne saura changer autrement que dans la douleur et que seule la pédagogie des catastrophes pourra finalement faire bouger le statu quo. Mais il sera peut-être trop tard.
Zlotzky, apologiste de la morosité perpétuelle