L’esclavage, finalement, fut une sorte d’immigration forcée.
Puis vînt le salariat qui, suivant la logique historique intrinsèque de l’accumulation des moyens de production et de la consommation de masse, se trouva à un moment donné de son histoire en situation de pénurie de main-d'œuvre. Il fallut donc mandater une cohorte de rabatteurs pour ratisser quelques villages maghrébins ou d’autres pays africains afin d’inciter des paysans incultes à venir goûter au bonheur extatique du paradis occidental, moyennant la mise à disposition de leur force de travail pour contribuer à l’expansion des pays d’accueil désintéressés et en échange de salaires qui, vus de l’autre côté de la Méditerranée, semblaient mirobolants mais que ces feignants d’ouvriers français trouvaient malgré tout inacceptables au regard des tâches assez rebutantes à accomplir. Ce fut la période de ce que l’on pourrait appeler l’immigration «encouragée ».
Puis vînt la « crise ». Ceux que l’on avait incité jusqu’alors à venir en nombre n’étaient soudainement plus les bienvenus. Le chômage désormais augmentait hardiment, la concurrence internationale s’exacerbait, les entreprises françaises perdaient des parts de marchés, la croissance se maintenait à des niveaux fort timides ; bref, ce fut la fin de ce que l’on a coutume de nommer les « 30 glorieuses » et le début de l’ère de la mondialisation, des dérégulations, de la liberté totale des mouvements de capitaux, de l’OMC et des délocalisations. Désormais on entra dans la période de ce que Sarko appelle l’immigration « subie ». Parce qu’on « subirait » désormais les assauts incontrôlés de hardes de miséreux que notre économie atone ne saurait convertir durablement en une croissance radieuse. Pire, sous-employés, livrés au chômage et marginalisés, exclus du processus de consommation, ces populations alimenteraient ainsi en chair jeune et disponible les gangs banlieusards désormais si prompts à l’émeute et partant, renforceraient les instincts racistes et le vote Front National des « Français de souche » de condition modeste encore à peu prés épargnés par la paupérisation et la précarité.
Mais voila. Un phénomène purement démographique risque d’inverser à nouveau la donne dans les années à venir : la population française – à l’instar de la pluparts des pays riches – vieillit. Elle vieillit tant et si bien que certains prévoient d’ici peu de nouvelles pénuries de main-d’œuvre dans les années à venir. Pénuries qui pourraient être passablement endiguées par l’apport de nouveaux immigrants. Mais attention, hein, pas n’importe qui et pas n’importe comment. S’agit de tirer les leçons du passé, de ne pas refaire les mêmes erreurs. Ne seront dés lors admis à franchir les portes du paradis occidental que quelques poignées d’heureux élus dûment sélectionnés. Pendant qu’il se rasait Sarko a accouché d’un nouveau concept : l’immigration « choisie ». Ce vocable emprunté au langage marketing suggère une position sociale de consommateur averti et heureux pénétrant allègrement dans un supermarché dans lequel il effectuera ses emplettes sélectives, examinant d’un œil critique telle marque pour finalement en choisir une autre, dédaignant tel yaourt à l’emballage un peu tristounet pour un autre plus avenant, testant d’un œil connaisseur telle marque de crème antiride et n’hésitant pas , parfois, à se risquer d’essayer un nouveau produit aguichant tout en se convaincant que son sens critique lui permettra de juger, en dernier lieu, s’il est digne d’intégrer dés lors la panoplie de ses produits préférés. La liberté de choix. Ou prétendue telle.
Au supermarché africain, l’Europe, à l’avenir, fera ses choix. En fonction de ses besoins. Elle détournera donc les maigres forces vives et qualifiées des pays pauvres pour les expédier à salaires moindres et sous contrats restrictifs vers le Nord combler les déficits de tel ou tel secteur économique en manque de bras ou de cerveaux.
Après tout les hôpitaux fonctionnent déjà depuis des années avec une foultitude de médecins étrangers originaires des PVD et payés au lance-pierres. Et de toute façon que feraient tous ces travailleurs qualifiés dans leurs pays d’origine, incapables de leur offrir un statut social à la mesure de leurs ambitions ? Et puis ça permet aussi à la France de faire quelques économies sur ses investissements universitaires.
Par les temps qui courent, il n’ y a pas de petites économies.
Zlotzky, immigré mal choisi.