S’il est un aspect particulièrement réjouissant de la victoire du « non », c’est certainement la baffe magistrale infligée aux médias. Quel bonheur ! Pour un peu j’en deviendrais presque optimiste…
En effet, malgré l’indécente débauche de tous les moyens dont disposent les marchands de canons et les puissances financières qui dirigent les médias, malgré la mobilisation de tous les instants des troupes d’élite des chroniqueurs patentés qui font l’opinion dans ce pays, malgré le matraquage systématique et permanent, malgré les dompteurs idéologiques sur le pied de guerre dés potron-minet sur ondes radio et télévisuelles, malgré les injonctions sans appel et les mises en garde quotidiennement étalées dans d’unanimes et sentencieux éditoriaux, malgré la culpabilisation et la menace, malgré tout cela donc, celle que l’on avait pris coutume de nommer avec un mépris condescendant « la France d’en bas », vient d’infliger un camouflet salutaire aux élites salonnardes urbanisées. Réjouissant !
Comment ? Qui sont donc ces insolents qui osent voter d’une manière aussi absurde ? Ce n’est pourtant pas faute de les avoir instruits, on a vraiment fait tout ce qu’on a pu pour ça, et avec l’ensemble des fantastiques moyens dont on disposait, on n’a vraiment pas regardé à la dépense – une vraie débauche ! – Mais voila, rien n’y a fait ! Z’ont quand même rien compris ! A vous dégoûter du suffrage universel ! Eh oui, faut comprendre, rien n’est plus jouissif pour les prélats du système qui en tirent tous les avantages, que de parvenir à convaincre la majorité des asservis de la nécessité de perpétuer ce système, de les convaincre qu’il est le meilleur pour eux et de susciter leurs bulletins de vote. Ca vous donne un air de légitimité populaire qui cloue le bec aux contestataires et autres empêcheurs de profiter en rond. Seulement voila, à la longue ce genre de bluff finit par se révéler pour ce qu’il est vraiment : du bluff justement. L’illusion discursive finit tôt ou tard par être étouffée par le principe de réalité.
Ah ! Les éditoriaux vengeurs et acrimonieux de July dés le 30 mai, ah ! Les chroniques menaçantes de Guéta sur France Intox, ah ! Les réactions ulcérées de Colombani dans le Monde ! Ah ! Les pontifiantes et outrancières leçons de morale de Val dans Charlie hebdo (un journal qui n’est plus que l’ombre de son passé). L’amertume et le mépris des Imbert, Joffrin, BHL et consorts ! Un régal du genre !
Ecoutez-les maintenant railler et culpabiliser les manants qui ont osé s’opposer à leurs saintes paroles, regardez-les tenter de les assimiler à d’odieux xénophobes, passéistes, frileux, étatistes, nationalistes et incultes. Ne devrait-on pas, finalement, remettre en question le suffrage universel si c’est pour en faire un tel usage ? Il s’agit de donner une leçon à la plèbe. Et sans tarder. Vont voir ce qu’ils vont voir. Ils trouvaient le traité trop libéral ? Vont être servis avec le boulevard ouvert aux anglais pour la direction de l’Europe ! Bien fait ! Z’avaient qu’à voter comme on leur avait dit.
Délocalisez-moi ça sans tarder ! Qu’on se retrouve enfin entre gens fréquentables…